Le projet de greffe d’utérus se concrétise à l’hôpital Foch

d’article parus dans la presse.

Source : Lequotidiendumedecin.fr écrit par Coline Garré

« Nous espérons vous présenter la première greffe d’utérus lors du congrès de l’année prochaine », a annoncé le Pr Jean-Marc Ayoubi, chef de service d’obstétrique à l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine), à l’occasion d’un colloque consacré à la reproduction après 40 ans.

Une vingtaine d’équipes travaillent sur la greffe d’utérus dans le monde. Une douzaine de naissances ont abouti, dont deux à Dallas (États-Unis), une au Brésil, et les autres en Suède, à Göteborg, où exerce l’équipe du Pr Mats Brännström, qui fut la première à publier dans le « Lancet », en octobre 2014, la naissance d’un enfant né après greffe d’utérus.

En France, l’équipe du Pr Ayoubi, qui travaille en collaboration avec celle du Pr Brännström, a obtenu en mars 2017 l’autorisation de l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour réaliser 10 greffes utérines sur des femmes atteintes du syndrome MRKH à partir de donneuses vivantes. « Nous sommes en cours de recrutement » a-t-il précisé. Une équipe du CHU de Limoges, qui a vu son projet d’essai clinique autorisé en novembre 2015, se concentre, elle, sur des donneuses en état de mort cérébrale. « Ces deux projets sont complémentaires, soutenus par l’agence de la biomédecine et l’ANSM », a ajouté le Pr Ayoubi.

« Nous sommes sur la bonne voie », s’est réjoui le chef de service, qui plaide pour des prélèvements par chirurgie robotique, à l’instar de ce qui a été fait pour deux greffes à partir de donneuses vivantes en Suède. « Nous présentons un programme hospitalier de recherche clinique national en septembre prochain », a-t-il dit. Pour rappel, l’Académie de médecine avait produit un rapport sur le sujet en juin 2015.

HTA, diabète gestationnel, prématurité… après 40 ans, des grossesses à accompagner

Le Pr Ayoubi a aussi présenté de nouvelles données sur les grossesses après 40 ans (qui mènent à 5 % des naissances), construites à partir de l’étude de la patientèle du service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction de l’hôpital Foch, sur 10 ans (2006-2016) (en partenariat avec la faculté de médecine Paris Ouest).

Quelque 1 295 femmes de plus de 40 ans ont été comparées à un groupe témoin constitué de 1 295 femmes de 25 à 35 ans. Les premières ont donné naissance à 1 306 enfants, les secondes, 1 320.

Les quarantenaires ont eu trois fois plus recours à une assistance médicale à la procréation (AMP) (18,7 %) que les plus jeunes (5,6 %). Elles sont plus sujettes au surpoids, voire à l’obésité.

L’étude fait état de complications obstétricales plus fréquentes chez les quarantenaires : 3 fois plus d’hypertension artérielle (3,7 % vs 1,3 %), deux fois plus de diabète gestationnel (13,8 % vs 6,6 %), deux fois plus de césariennes (37,2 % vs 18,5 %), et davantage de naissances avant 37 semaines (10,8 % vs 6,1 %). Lors de la naissance, on observe quatre fois plus de transferts en réanimation de la mère (0,8 % vs 0,2 %), davantage de transfusions (1 % vs 0,3 %) et quatre fois plus de pré-éclampsies (près de 5 % vs 1,6 %).

Les risques sont plutôt linéaires, avec une accélération après 42 ans ; à 44 ans, 20 % des patientes ont du diabète gestationnel, la moitié subissent une césarienne. Et 3,2 % connaissent des morts fœtales in utero/fausses couches tardives ou IMG contre 0,7 % à 40 ans.

Ces données sont concordantes avec la littérature internationale, qui montre en outre un risque de mortalité maternelle multiplié par 8 pour les femmes de 40 à 44 ans, et par 30 à partir de 45 ans.

Les complications obstétricales chez les quarantenaires sont équivalentes aux complications des femmes de 30 à 35 ans dans les années 1970 ; et aux données actuelles des grossesses dans les territoires d’Outre-mer, met en perspective le Pr Ayoubi.

Avant de demander, un brin provocateur : faut-il interdire ces grossesses tardives ? « Il faut explorer, pour mieux surveiller, accompagner plutôt que culpabiliser » répond-il. Il préconise en particulier de réaliser un bilan préconceptionnel, afin de repérer les contre-indications médicales à la grossesse, de mettre en place un suivi ciblé et personnalisé, et de lutter contre le tabagisme et l’obésité. Et en amont, d’informer, informer, et encore informer, sur la baisse de la fécondité à partir de 35 ans.

 

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